Je rentre à l’instant du cinéma où j’ai assisté à la projection du dernier film réalisé par Josiane Balasko avec Nathalie Baye en tête d’affiche : Cliente. Je te colle le pitch d’allociné pour que tu comprennes ma réflexion à suivre mais note tout de suite que je ne ferai pas la critique de ce film tellement mes goûts cinématographiques sont incertains et parce que d’autres font ça beaucoup mieux que moi.
« Judith a la cinquantaine séduisante. Femme équilibrée, elle dirige une émission de téléachat. Divorcée, elle vit seule, avec pour confidente sa soeur Irène, qui est la seule a connaître son secret : Judith s’offre régulièrement les services sexuels de jeunes gens, qu’elle choisit sur les sites d’escort d’Internet.
Elle rencontre ainsi Patrick, qu’elle apprécie pour sa gentillesse, son charme et sa simplicité. Or Patrick, en réalité Marco, est marié et profondément amoureux de sa femme Fanny, laquelle pense que son mari fait des chantiers. »

Dans ce film ce sont deux mondes qui s’opposent / s’affrontent d’un coté la quinquagénaire CSP +, de l’autre le trentenaire tapin / maçon vivant en banlieue tentant de joindre les deux bouts et de payer la moitié d’un salon de coiffure minable à sa femme sans pour autant parler de lutte des classes. Faut pas déconner !
Outre le sujet que sont les escorts chez les femmes (ou chez les hommes) qui pourrait porter sur une réflexion longue, je rebondirai sur une seule phrase de ce film prononcé par le tapin « Je ne veux plus de ce monde ». C’est dans la dernière moitié du film qu’est prononcée cette phrase assassine alors qu’on l’attendait depuis les 15 premières minutes. Comme si, au contact de la haute, notre homme se bonifie, devient sophistiqué, serait presque prêt à aller à une expo photo chiante mais vraisemblablement culturelle tandis que sa femme s’enfonce dans sa médiocrité, les cheveux sales, la beaufitude ambiante dans sa tour de béton en donnant au spectateur de la scène simplement envie de vomir.
Evidemment on n’est pas dans de la prostitution de bas étage, ici c’est 300 euros de l’heure nets d’impôts. D’ailleurs on ne parle pas de prostitution mais de service d’escorts. Dans ce cas la prostitution est considérée comme ascenseur social. On gagne beaucoup d’argent en très peu de temps, on fréquente des gens qui fréquentent d’autres gens tous capables de construire une phrase à la syntaxe irréprochable sans faire de vilaines contraction et en employant un vocabulaire dépassant les 350 occurrences.
Qu’il s’agisse de la série Secret diary of a call girl, de l’autobiographie Prostitué de David von Grafenberg ou de ce film on nous vend la belle image de la profession qui donnerait envie à un étudiant de 20 ans de signer pour se payer des pompes hors de prix (puisque ce sont les plus belles), des fringues griffées (puisque ce sont les seules bien coupées), des gadgets dernier cri (puisque ce sont les seuls qui comptent) sans avoir à demander à ses parents un virement sur son compte car il ne sait pas comment payer son loyer ce mois-ci. Jamais ou très peu on nous parle de ces Ghanéennes qui sucent pour 20 euros et de ces mineurs qui se font enculer dans les bois pour un tarif sensiblement identique. Alors qu’est-ce qu’on attend ? (Là je n’ai pas de réponse et je m’éloigne de mon sujet)
Puis, sur le chemin de retour je me suis posé une autre question. La pratique, en l’espèce, ne me dérange pas mais comment réagirais-je si j’apprenais que quelqu’un dans mon entourage faisait appel à ce genre de services ? C’est simple, je n’aurais que faire de l’ascenseur social, je me demanderais quelle personne peut avoir aussi peu d’intégrité pour recourir à cette prestation.
Et si c’était moi la pute ? Je ne sais pas. Peut-être me donnerais-je la même envie de vomir que m’a donné bobonne dans sa cité à attendre son mari, la même qui l’incitait et lui reprochait de tapiner.
P.S. : Nathalie Baye est vraiment belle dans ce film.
credit photo allociné